DINU LIPATTI - SAMSON FRANÇOIS

Dans les harmoniques d’Yvonne Lefébure...
SOCD387

Fêtons la lumière et la nuit qui se croisent quand tous les loups sont gris, décomptent les jours, égrènent ces années qui filent et arrachent à notre affection artistique les musiciens qui continuent de vivre dans la conscience des musiciens et du public. Le soleil, c’est Dinu Lipatti jouant avec Herbert von Karajan le Mozart du rayonnant Concerto en ut majeur K. 461, Jupiter souriant qui surgit des nuages pour éclairer le monde. La nuit, c’est Samson François dans le Prokofiev bondissant comme une panthère noire du rare 5ème Concerto pour piano que Leonard Bernstein lui accompagne à New York, ville qui était faite pour le pianiste qui aimait tant le jazz et la chanson et qui pourtant ne l’adoubera pas. Les liens sont là. Dénouons-les.
Alain Lompech

COCHEREAU

Raretés et Inédits
SOCD365/84
  

Il ne s’agit pas ici d’une simple réédition de gravures précédemment publiées par Solstice quand bien même nombre d’étapes essentielles ne pouvaient manquer à l’appel de ce portrait choisi. C’est avant tout à une complète réévaluation du legs phonographique du concertiste que le mélomane est convié, Pierre Cochereau, en toute fidélité, s’évadant dès lors de l’univers démesuré mais clos de sa cathédrale, sans cesser un instant d’être lui-même : l’organiste de Notre-Dame. Quelque 74% d’enregistrements inédits au disque, et la preuve par la musique, répertoire et improvisation mêlés, que si Cochereau puisa au plus profond sa manière et son style tant à la source de Notre-Dame que dans la continuité d’un symphoniste comme Louis Vierne, sa personnalité trouva ailleurs également à s’affirmer, dans l’unité du musicien et sa propre modernité.
Michel Roubinet

JEANNE-MARIE DARRÉ

Joue Camille Saint-Saëns
SOCD363/4

Au même titre que celui d’autres pianistes de sa génération, le nom de Jeanne-Marie Darré est largement tombé dans l’oubli. Sans doute fut-il parfois moqué par quelques mauvaises langues en manque de sarcasmes qui y voyaient la quintessence d’une “certaine école française de piano” surannée et agonisante – l’apparition de l’école russe ayant entre autres facteurs précipité son déclin. Marguerite Long qui fut un des deux principaux maîtres de Jeanne-Marie Darré sera en première ligne de ces attaques. Son pianisme et son enseignement furent vilipendés au motif d’une technique que d’aucuns jugeaient trop exclusivement digitale, responsable de raideurs corporelles et d’un jeu de “machine à écrire” par trop mécanique, impropre au legato. Pourtant, si Jeanne-Marie Darré fut nourrie à cette “école”, elle aura su non seulement en transcender les “limites”, mais plus encore en aura fait jaillir les derniers feux avec une rare incandescence.
Olivier Mazal

GUILLOU JOUE GUILLOU

À Notre-Dame de Paris
SOCD386

Un mot ici pour évoquer la manière dont on aura pu entendre sonner, tout au long de ce programme, le grand orgue de Notre-Dame de Paris. Ce dernier passait, à l’époque, pour connaître une étonnante et féconde existence symbiotique avec Pierre Cochereau son titulaire, ce dernier, ouvertement amoureux de son alter ego, sachant notoirement le faire parler comme nul autre pareil. Or, c’est incontestablement un orgue “Guillou” qui, sous beaucoup d’aspects, s’est crânement exprimé ici durant près de quatre vingt minutes, mué en un kaléidoscope sonore à maints égards inhabituel. Faut-il s’en étonner ? Sans doute pas, si l’on ose rapprocher cet être aux huit mille voix des plus grandes phalanges orchestrales aptes à se transformer instantanément et contre leurs traditions, aux seules fins de se plier aux désirs esthétiques souvent contradictoires des plus grands chefs. C’est même à cela qu’on les reconnaît : des ressources inépuisables, une identité forte, capable toutefois d’adaptation ou de métamorphose, mais sans reniement.
Vincent Crosnier

CHOPIN

Yuki Kondo
SOCD385

Comment évoquer le piano de Chopin tant l’œuvre du compositeur polonais reste indissociable d’un instrument qu’il a toujours considéré comme son médiateur : depuis le Rondo Op. 1, écrit à Varsovie en 1825, jusqu’à la Mazurka Op. 68 No. 4 jetée sur le papier en 1849 Place Vendôme, peu de temps avant sa mort à l’âge de trente-neuf ans ? Tous les exégètes ont tenté d’approcher le mystère d’une musique qui, selon la belle formule de Vladimir Jankélévitch, “exprime l’inexprimable à l’infini” [...] La clarté de la ligne, la transparence des accords les plus complexes, les combinaisons de timbres préparent à Debussy et Scriabine, voire Messiaen. On a pu dire que Liszt pensait à l’orchestre en écrivant pour le piano ; Chopin, au contraire, n’a songé qu’au clavier dont il a perçu toute la profondeur humaine jusqu’à en faire sa seule source d’inspiration. “Parler de la musique de Chopin, ce sera en quelque sorte la jouer ensemble – et peu importe que le clavier soit fait de rêves ou d’ivoire.” (André Boucourechliev).
Michel Le Naour

EAUX-FORTES

Kirill Zvegintsov, piano
SOCD362

Il existe un "imaginaire à la française" et les eaux-fortes de Jacques Callot, les sous-bois de Corot et les lointains des paysages de Watteau en témoignent, recélant des mystères, des incertitudes, des peurs inavoués. La chimère est mélancolie et songe, et elle peut être aussi terrifiante. Il y a une violence étrange dans les trilles du grand Couperin, dissimulée sous les rubans. Debussy avance masqué. Jacques Lenot entretient jalousement son jardin secret et Georges Hugon, au destin apparemment si lisse et rangé, évoque l’ombre de Shakespeare pour libérer ses fantasmes à la Scarbo.
Le fonds de Dotation "Galaxie-Y" se donne, en dehors de son projet pédagogique autour de l’œuvre de Kurtág, la mission de faire revivre, grâce à cette collection en devenir, ces musiques de France presque "antiques" ou parfois de fraîche date, en tous les cas follement inspirées.
Françoise Thinat