CHOPIN

Yuki Kondo
SOCD385

Comment évoquer le piano de Chopin tant l’œuvre du compositeur polonais reste indissociable d’un instrument qu’il a toujours considéré comme son médiateur : depuis le Rondo Op. 1, écrit à Varsovie en 1825, jusqu’à la Mazurka Op. 68 No. 4 jetée sur le papier en 1849 Place Vendôme, peu de temps avant sa mort à l’âge de trente-neuf ans ? Tous les exégètes ont tenté d’approcher le mystère d’une musique qui, selon la belle formule de Vladimir Jankélévitch, “exprime l’inexprimable à l’infini” [...] La clarté de la ligne, la transparence des accords les plus complexes, les combinaisons de timbres préparent à Debussy et Scriabine, voire Messiaen. On a pu dire que Liszt pensait à l’orchestre en écrivant pour le piano ; Chopin, au contraire, n’a songé qu’au clavier dont il a perçu toute la profondeur humaine jusqu’à en faire sa seule source d’inspiration. “Parler de la musique de Chopin, ce sera en quelque sorte la jouer ensemble – et peu importe que le clavier soit fait de rêves ou d’ivoire.” (André Boucourechliev).
Michel Le Naour

JEANNE-MARIE DARRÉ

Joue Camille Saint-Saëns
SOCD363/4

Au même titre que celui d’autres pianistes de sa génération, le nom de Jeanne-Marie Darré est largement tombé dans l’oubli. Sans doute fut-il parfois moqué par quelques mauvaises langues en manque de sarcasmes qui y voyaient la quintessence d’une “certaine école française de piano” surannée et agonisante – l’apparition de l’école russe ayant entre autres facteurs précipité son déclin. Marguerite Long qui fut un des deux principaux maîtres de Jeanne-Marie Darré sera en première ligne de ces attaques. Son pianisme et son enseignement furent vilipendés au motif d’une technique que d’aucuns jugeaient trop exclusivement digitale, responsable de raideurs corporelles et d’un jeu de “machine à écrire” par trop mécanique, impropre au legato. Pourtant, si Jeanne-Marie Darré fut nourrie à cette “école”, elle aura su non seulement en transcender les “limites”, mais plus encore en aura fait jaillir les derniers feux avec une rare incandescence.
Olivier Mazal

DE LA PAISIBLE NUIT

Ensemble L’Albizzia
SOCD361

Gabriel Fauré nous emmène dès le XIXème siècle dans un monde nouveau où la pureté de la ligne mélodique prime sur la richesse de l’orchestration. Dès sa première période, il fait montre d’un sens de la mélodie très subtil, pur, simple et très largement influencé par la modalité grégorienne. [...] Contemporain de Fauré, Louis Vierne laisse son nom dans l’Histoire de la musique comme organiste de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Ses Six Symphonies pour orgue, de vastes proportions, voisinent avec les 24 Pièces en style libre, destinées à l’harmonium ou à l’orgue sans pédale obligée. [...] André Caplet fut gazé lors de la Première Guerre mondiale. Cet épisode malheureux fragilisera sa santé. Il en sortira une œuvre très personnelle dominée par des productions religieuses. [...] Personnage original, drôle, surdoué dans de nombreux domaines, Jehan Alain s’éteint héroïquement en 1940 à 29 ans alors qu’il résiste seul à un peloton d’assaut allemand. Il laisse une œuvre d’une originalité rare, toujours changeante et rafraîchissante, abondante au regard de sa mort précoce. [...] Suite au décès traumatisant d’un de ses amis compositeurs, Francis Poulenc se rend en pèlerinage à Rocamadour en 1936. Émerveillé et ému par le lieu, il compose une pièce pour chœur de femmes à trois voix et orgue qui s’avère une prière émouvante d’humilité et transparente de ferveur.
Benoit Dumon

COCHEREAU

Raretés et Inédits
SOCD365/84
  

Il ne s’agit pas ici d’une simple réédition de gravures précédemment publiées par Solstice quand bien même nombre d’étapes essentielles ne pouvaient manquer à l’appel de ce portrait choisi. C’est avant tout à une complète réévaluation du legs phonographique du concertiste que le mélomane est convié, Pierre Cochereau, en toute fidélité, s’évadant dès lors de l’univers démesuré mais clos de sa cathédrale, sans cesser un instant d’être lui-même : l’organiste de Notre-Dame. Quelque 74% d’enregistrements inédits au disque, et la preuve par la musique, répertoire et improvisation mêlés, que si Cochereau puisa au plus profond sa manière et son style tant à la source de Notre-Dame que dans la continuité d’un symphoniste comme Louis Vierne, sa personnalité trouva ailleurs également à s’affirmer, dans l’unité du musicien et sa propre modernité.
Michel Roubinet

EAUX-FORTES

Kirill Zvegintsov, piano
SOCD362

Il existe un "imaginaire à la française" et les eaux-fortes de Jacques Callot, les sous-bois de Corot et les lointains des paysages de Watteau en témoignent, recélant des mystères, des incertitudes, des peurs inavoués. La chimère est mélancolie et songe, et elle peut être aussi terrifiante. Il y a une violence étrange dans les trilles du grand Couperin, dissimulée sous les rubans. Debussy avance masqué. Jacques Lenot entretient jalousement son jardin secret et Georges Hugon, au destin apparemment si lisse et rangé, évoque l’ombre de Shakespeare pour libérer ses fantasmes à la Scarbo.
Le fonds de Dotation "Galaxie-Y" se donne, en dehors de son projet pédagogique autour de l’œuvre de Kurtág, la mission de faire revivre, grâce à cette collection en devenir, ces musiques de France presque "antiques" ou parfois de fraîche date, en tous les cas follement inspirées.
Françoise Thinat

LIPATTI - LE DERNIER RÉCITAL

À partir de la bande originale
SOCD358
  

La présente édition du dernier récital de Dinu Lipatti au festival de Besançon – dont on sait les conditions dramatiques dans lesquelles il s’est déroulé – s’est fixé pour but d’en donner pour la première fois une version non seulement complète mais se référant aux meilleures sources. Et c’est encore une fois grâce à l’INA que, par chance, nous avons retrouvé la bande originale de 1950, enregistrée avec les moyens de la Radiodiffusion Française (R.T.F.). Solstice a choisi d’éditer ce récital tel que conservé sur les bandes originales, avec la présence de souffle : il s’agit là d’un choix artistique et d’un souci d’authenticité. Avec toutes les réserves d’usage, nous sommes donc fondés à tenir la présente version pour historique.
Yvette Carbou